Semailles
Illustrant, l’une des plus anciennes formes de collaboration entre l’être humain et la nature, le Semeur de Millet arpente son champ en puisant dans sa profonde, besace les semences qu’il disperse au creux des sillons.
Débordant de puissance et de vitalité, il pourrait être l’incarnation de la « robuste pousse » qui évoque Robert Frost. L’image des semailles évoque toutes les formes de procréation. Les rites de fertilité primitif qui consistaient À copuler dans les champs pendant la nuit de noce, ou à l’époque des semailles était destiné à favoriser la germination. À l’inverse, l’abstinence était censée concentrer la puissance reproductive dans le sol ensemencé. La nature, imité par l’ingéniosité humaine, a conçu d’innombrables moyen de disperser les graines.
Paradoxalement, le fait qu’elle incube en secret, dans les profondeurs de la terre, a de tout en valu à la graine d’être associé à la « mort », du fruit, appeler à renaître, au gré du cycle naturel et de son éternel retour : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean 12 :24). Pour les alchimistes, la « matière morte » qui s’enfonce et se décompose dans le sol est à l’origine de la conception de l’or, qui est l’objectif du grand œuvre. En réalité, la graine ne meurt pas. Préserver par la dessiccation, elle se contentent de dormir, sans utiliser d’oxygène, dans un état d’ « animation suspendue ». De même, les semailles ne constituent pas réellement à « planté », mais disséminé des graines en parlant sur l’avenir, en espérant que ces germes de vie prendront racine dans un sol fertile. La parabole du semeur dans l’évangile, selon Saint Mathieu montre à quel point le paysan est tributaire de la qualité, de la graine et du sol et de l’intervention de la pluie et du soleil du latin semen, « semence », dérivent les mots insémination et séminaire, lieu où les mots et les idées sont semé dans des esprits réceptif. Le logos spermatikos est la source de la création ; se met les graines de l’esprit dans le terreau du corps, permet de créer entre une union potentiellement féconde.
Cependant, bien que l’on récolte ce que l’on sème, rien ne garantit que la graine va germer, ni le type de fruits qu’elle produira si c’est le cas. Les sociétés et les individus sème, volontairement ou non, les germes de la discorde, de la haine, de la violence ou du mécontentement, mais aussi le germe du changement ou de l’avenir. La nature est impersonnelle et autonome, pleine de variables indépendantes de la volonté humaine. Les cultures ancestrales se concilier les dieux de l’abondance par des sacrifices animaux et humains ou respecter des calendriers des semailles fondé sur l’influence des planètes. Les alchimistes ne se met les graines du grand œuvre, que dans une « terre blanche pulvérulente », la « cendre » qui représente la douloureuse combustion des scories de notre substance pour en révéler l’or. Semer suppose un double lâcher prise : d’abord pour libérer la graine, puis, même dans le meilleur des sols, pour renoncer à l’illusion que l’on peut entièrement en contrôler le résultat.
Les semailles, immortalisées par l’œuvre du Semeur de Millet, transcendent la simple action agricole pour devenir une métaphore profonde dans le langage symbolique, traversant les époques et les cultures. Le Semeur, porteur de la vie en germe, incarne l’archétype du créateur, du géniteur qui puise dans les profondeurs de la nature pour semer les graines de la vie.
Au-delà de la simple fécondation des champs, les semailles évoquent les rituels primitifs de fertilité, mêlant l’acte d’amour au processus de croissance. Cette connexion entre la copulation et les semailles témoigne d’une compréhension ancienne du lien sacré entre la vie humaine et la vie végétale.
Le lien entre la graine et la mort, avec son immersion secrète dans les profondeurs de la terre, renvoie à l’idée jungienne de l’inconscient collectif. La graine, préservée dans un état d' »animation suspendue », rappelle la dormance de certaines parties de l’âme, attendant d’être activées pour la croissance spirituelle.
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